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D'Aubervilliers au Caire

Phantom - mercredi 28 novembre 2012

C’est en décembre 2009, à l’invitation de d’Yvanne Chapuis alors co-directrice des lieux, que j’ai découvert aux Laboratoires d’Aubervilliers, le film Check Check Poto. La médiatrice venait de réprimander un groupe d’adolescents un peu trop agités qui s’étaient mis dans l’idée d’utiliser comme armes de combat les gros coussins noirs élégamment déposés sur le sol à l’usage des fesses des spectateurs les plus avertis. Les garçons sortaient maintenant en bande et au ralenti de la pièce minuscule, roulements d’épaules et capuches baissées, mi-hilares, mi-râleurs, à contester mollement la sanction qui allait les priver d’un film qu’ils avaient oublié de regarder. Ce n’est qu’une fois replongé dans la projection, la salle redevenue étrangement calme et vide – et de fait plus conforme à ce que d’aucuns attendent d’un espace d’art contemporain – que je découvrais qu’une part de la matière du film venait de quitter les lieux. Dans Check Check Poto, Julia Varga installait sa caméra dans l’espace confiné d’un centre d’accueil ouvert pour adolescents à Aubervilliers. Unité de lieu, longs plans séquences, absence de hors-champs – la rue réduite à un bruissement lointain derrière les fenêtres – la réalisatrice dessinait un dispositif théâtral où le récit paraissait lentement s’extraire du seuil de l’ennui. Les corps qui s’activaient l’instant d’avant dans la salle à tester la résistance de leur crâne et la résilience des coussins – ou bien l’inverse – paraissaient maintenant domptés, épuisés, ou au contraire prêts à bondir, en attente. Le hall d’accueil du film comme un sas, un espace hors du temps où ils venaient se recharger. À la fois scène donc mais aussi coulisse d’une autre scène qui serait celle du dehors – dont il s’agirait de recevoir la violence non plus directement mais au travers des corps qu’elle traverse. Bien sûr Check Check Poto est un film de parole mais une parole qui se mérite, qu’il faut aller entendre par-delà les banalités, les clichés qui protègent, les frivolités qui vernissent le désespoir, les débits carabinés qui occupent le vide. La force du film est cette patience du pêcheur, ce « laisser venir » qui offre d’improbables moments graves et drôles, ce soin pour un corps – celui des adolescents des quartiers populaires – qui a rarement paru aussi fragile et étranger, abandonné à sa propre définition. Au printemps 2010, nous présentions Check Check Poto à l’Espace Khiasma devant un public nombreux. Le débat fut aussi vif qu’inattendu, porté par des travailleurs sociaux qui découvraient ces corps adolescents parlant sans la médiation des adultes. Corps interdits donc qu’il s’agirait de protéger plutôt que de mettre en scène. Discussions sans fin jusqu’à la nuit…

À partir de cette première expérience, nous avons poursuivi un bout de chemin ensemble avec Julia. Cela nous a emmené jusqu’en Égypte où elle a tourné son second film. D’une certaine façon, dans un contexte fort différent, elle reconduit pour Un papillon est passé un dispositif voisin de celui de Check Check Poto. Le microcosme est ici à l’échelle d’un quartier, celui des chiffonniers coptes du Caire et le monde qui s’agite hors-champs c’est cette révolution égyptienne dont les soubresauts traversent comme des ondes de choc la vie d’une communauté qui se cherche elle aussi une définition, politique celle-ci. Accompagner le travail de Julia est une longue aventure chaotique et passionnante, conduite dans l’urgence permanente d’une révolution qui n’attend pas. Un engagement aussi puisqu’il a fallut décider d’accompagner des tournages en fonds propres. Un an et demi, sept tournages et nous voilà avec entre les mains des centaines d’heures de rushes en arabe qu’il nous faut traduire pour débuter le montage de cette petite épopée au cœur des premières heures de la révolution. Joies et déceptions d’une communauté chrétienne qui guette fébrilement le signe d’un futur meilleur.

Nous lançons aujourd’hui un appel à financement participatif pour passer cette étape cruciale. C’est la première fois que nous imaginons cette solution afin de finaliser un film. Pour un documentaire qui parle des initiatives politiques d’un petit groupes d’hommes, cela nous paraît pourtant approprié. Suite au prochain épisode et en 2013, nous l’espérons, pour la sortie du film.

Pour devenir co-producteur c’est ici. On vous attend.

 

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